Nathan rejoignit le hall de l'immeuble en traînant des pieds. Avec les nanas qui recevaient des lettres de menaces, c'était toujours le même schéma. Elles chialaient pendant une demi-heure, demi-heure pendant laquelle il était inutile d'espérer obtenir la moindre information, et quand elles étaient venues à bout de leur stock de larmes, elles n'avaient pas la moindre idée de qui pouvait leur avoir envoyé des menaces, ni pourquoi. Merci et au revoir. Et puis qu'est ce que ça pouvait bien avoir à faire avec leur enquête ? Après tout c'était une femme, et le meurtrier ne s'attaquait qu'à des hommes, ce qui la mettait théoriquement hors de danger.
Mais les ordres sont les ordres.
Allez, avec un peu de chance, la témoin serait une belle jeune femme toute prête à se faire réconforter dans les bras d'un agent de FBI bien musclé qui, soit dit en passant, n'avait plus assez de temps pour draguer depuis que le dossier X avait atterrit sur le bureau d'Alex. Cette affaire manquait tellement de sens qu'on n'avait même pas pu lui donner un nom. Il faut dire que « le castreur », bien qu'approprié, ne sonnait pas très bien.
Il slaloma entre les bureaux jusqu'à l'entrée et s'arrêta en apercevant celle qui devait être leur si précieuse témoin. Pour être belle, elle était belle. Taille moyenne. Long cheveux. Yeux bleus. La vingtaine. Mais il n'était pas persuadée qu'elle soit prête à se jeter dans les bras de qui que soit. Pour le moment, elle était plutôt sur le point de mordre la pauvre stagiaire qui remplaçait Marta à la réception.
... : OU ES MARTA ? JE VEUX VOIR MARTA ! hurlait-elle pendant que la stagiaire lui répondait poliment que « Marta était en vacances ». Mais j'ai besoin de voir Marta ! Pleurnicha la blonde, au bord des larmes.
« Et c'est là que tu entres en scène Nate. »
Il s'approcha d'elle d'un pas décidé.
Nathan : Je suis l'agent DiViazzo. Je suppose que vous être notre témoin...
... : Janice Parsons.
Nathan : Parsons comme... ?
Jane : Oui, répondit impatiemment Jane. Parsons comme le grand et feu Agent John Tom Parsons.
Nathan : Enchanté.
Il lui tendit une main, mais au lieu de la serrer Jane le dévisagea de la tête aux pieds. Ca crevait aux yeux que ce type n'était que le second. Il était beaucoup, beaucoup trop jeune pour être le mentor de qui que ce soit et elle était bien placée pour savoir qu'aucun des agents de ce bureau ne volait en solo. Et pour cause, elle avait pour ainsi dire grandit dans ce bureau. Tout les soirs en rentrant de l'école, du collège, du lycée... et parfois même les week-end. Elle y avait passé plus de temps que dans sa propre maison. C'est ce qui arrive, quand votre seule famille bosse au FBI.
Quoi que, elle en connaissait bien un qui soit passé du stade de second à celui de mentor un peu prématurément. Mais non... C'était un cas un exceptionnel. Celui là était forcément un second.
Jane : C'est qui le crétin d'agent qui envoie son second parce qu'il a la flemme de traîner son cul jusqu'ici ?
« Mais c'est qu'elle est pas commode la fille Parsons... »
Nathan : Si on s'installait quelque part pour que je prenne votre déposition ? proposa-t-il avec un geste de la main vers un bureau vide.
Jane : Ecoutez moi bien agent Di-j'sais-pas-quoi. Je connais ce bureau mieux que vous ne le connaîtrez jamais et je sais faire une déposition. Alors si vous voulez bien, je vous en préparait une magnifique, avec tous les détails, ce soir en rentrant chez moi et je vous la faxerait, parce que là, tout ce que je veux, c'est me tirer d'ici !
Nathan : Si vous commenciez parce me donner la lettre, demanda-t-il d'une voix très calme. Après on verra si oui ou non, vous rentrez chez vous.
Jane sortit la feuille de son sac et la lui fourra dans les mains.
Jane : Ca y est je peu partir ?
Nathan retourna le morceau de papier et le regardait sous tous les angles. Merde. Il y avait bien un lien, et ce lien était plus qu'évident. Le dessin représentait visiblement un homme, sans mains, sans testicules, et avec un trou à la place de la bouche. Il dévisagea la jeune femme avec inquiétude. Dans d'autre circonstances, il aurait presque sauté de joie avec une piste pareille, mais voir la fille du légendaire agent Parsons mêlée à l'affaire n'était pas bon signe. Ca n'allait pas plaire à Alec, ça n'allait pas lui plaire du tout.
Nathan : Je crains que vous soyez obligée de rester avec nous mademoiselle Parsons. Vous venez d'être mêlée à un quadruple homicide. Si vous voulez bien me suivre...
Nathan traversa les couloirs et les étages, Jane sur ses talons, jusqu'au bureau d'Alec. Ce dernier avait toujours le nez dans les dossiers quand Nathan ouvrit la porte. Il plaqua l'indice sous le nez de son coéquipier.
Nathan : Je crois qu'on peut oublier les petites copines !
Alec : Vengence, lut Alec. Il ne fait pas dans l'originalité celui là. Tu peux me dire en quoi ça nous aide ? Parce que là je ne vois vraiment pas.
Nathan retourna la feuille.
Alec : Maintenant je vois, souffla Alec. Où est le témoin ?
Nathan : Elle attend dans le couloir.
Alec : Fait la venir.
Nathan : Tu devrais savoir qu'il s'agit de...
Alec : Pas le temps pour la biographe Nate, amène là.
"La fille fille unique de ton héro et modèle..." acheva mentalement Nathan.
Jane, adossée sur le mur du couloir, regardait fixement la plaque en métal clouée sur la porte. AGENT ALEC COLEMAN. Il ne manquait plus que lui. Et dire qu'autrefois, c'était le nom de son père qui était gravé sur cette porte. A l'époque, Alec n'était qu'un novice, un stagiaire qui préparait le café, puis le second et le protégé du célébrissime agent Parsons. Jane se rappelait très bien de sa première rencontre avec Alec, il était bien loin de la plaque en métal en ce temps là...
Elle remercia le ciel de lui avoir donné l'occasion de se préparer à cette rencontre. Ca lui laissait quelques secondes pour prendre le masque de l'indifférence. Alec, lui, n'aurait pas cette chance.
Nathan : Vous pouvez entrez. J'aime autant vous prévenir tout de suite, il est de très mauvaise humeur.
« Il est toujours de mauvaise humeur quand il bosse. Et il bosse tout le temps. Bref, il est toujours de mauvaise humeur, point. » pensa Jane en entrant dans ce bureau qui lui était si familier. « Et ça n'ira pas en s'arrangeant quand il me verra. »
Jane : Bonsoir agent Coleman, fit froidement Jane.
Alec se tenait dos à elle et regardait par la fenêtre. Il se figea en reconnaissant sa voix, la voix de la fille de son ancien mentor, la jeune et jolie Jane. Il y avait longtemps qu'il n'avait plus entendu parler d'elle. Elle ne mettait plus les pieds au bureau, et ils avaient tous les deux pris soin de limiter au maximum les chances de se rencontrer par hasard, en évitant les lieux qu'ils avaient l'habitude de fréquenter avant...
Il se félicita de l'avoir attendu dos à la porte, ainsi elle ne pouvait pas lire la surprise et l'angoisse qui s'étaient dessinées sur son visage. Jane amenait avec elle le souvenir de ses plus grands échecs. Il avait passé tellement de temps à oublier cette période de sa vie... Il se réconforta en se disant qu'elle devait être aussi mécontente de cette situation que lui. Il cacha sous son t-shirt le pendentif qui pendait à son cou, arbora un visage froid et dur, et se retourna.
Alec : Salut Janie, lança-t-il avec un rictus forcé.
L'indifférence de Jane se changea en colère froide. Comment osait-il encore l'appeler Janie. Il avait perdu ce droit depuis bien longtemps.
Jane : Janice, corrigea-t-elle en le fusillant du regard. Je m'appelle Janice.
Alec : Pardon, j'avais oublié, tu détestes ce surnom. Que me vaut l'honneur de ta visite, Janice ?
Jane : Il parait que les menaces que j'ai reçues sont liées à votre affaire, agent Coleman.
Alec : Je vois... murmura-t-il en la défiant du regard. Une idée de l'identité de l'expéditeur ?
Jane : Pas la moindre.
Alec : Un ennemi qui pourrait vouloir vous faire peur ?
Jane : Pas aux dernières nouvelles.
Alec : Une camarade dont vous auriez piqué le petit copain, une collègue à laquelle vous feriez de l'ombre, un voisin auquel vous auriez refusé de prêter du sucre, un petit ami dont vous auriez brisé le c½ur ?
« VOUS ? » répéta mentalement Jane. A quel moment était-il passé du tu au vous ?
Jane : Pas à ma connaissance. Mais je compte sur vous pour fouiller mon passé et me le dire, agent Coleman.
Alec : J'y compte bien, j'y compte bien. L'agent Di Viazzo va vous montrer les indices, ça allumera peut-être vos lanternes, mademoiselle Parsons.
Nathan, qui était resté au fond de la pièce pendant tout ce temps, fit signe à Jane de le suivre. Alors qu'elle passait la porte, elle se retourna et jeta un dernier regard à Alec. Il s'était déjà replongé dans ses dossiers et ne semblait pas le moins du monde perturbé par sa présence. « Sans c½ur ! » Le professionnalisme déroutant d'Alec ne faisait que lui rappeler d'avantage, par contraste, le jeune homme sympathique et rebelle qu'il avait été, avant.
Dorénavant, c'était un agent du FBI qui avait perdu son c½ur et son humanité depuis longtemps. C'est ce qui arrive, quand on passe ses journées avec des cadavres et des criminels. Face à toute cette horreur, on a le choix entre sombrer dans la dépression et ne plus rien ressentir. L'agent Parsons avait tout appris à Alec, et avant tout à ne plus rien ressentir. C'était une des choses que Jane ne lui pardonnerait jamais.
[Je suis de bonne humeur et je serai privée d'internet tout le week-end alors je vous mets la suite dès maintenant! Par contre, je vais attendre d'avoir un peu plus de coms pour mettre la prochaine où on fera un petit retour dans le passé... Je n'en dis pas plus!
Sinon, que pensez vous du premier face à face de Jane et Alec?]